Le schéma du rêve

Les dessins de Mathieu Lacroix explorent une nouvelle forme de constructivisme bâti entre l’ébauche et le pop art. L’artiste conçoit sur papier des espaces improbables qui exploitent les thèmes de la demeure et de son intimité, déployant toutes sortes de structures et de mobiliers constamment remis en doute par une perspective intermittente. L’espace du dessin vacille entre la bidimensionnalité et la tridimensionnalité et, comme des boites de carton écrasées et aplaties, la logique est bafouillée et dénaturée ; l’intimité est mise à nue et dérangeante.

 

Ce programme se construit autour de la forme pure dessinée, que Lacroix perverti en la confondant d’éléments hétérogènes et disparates. Les dessins de la série deviennent le terrain d’une interaction entre divers éléments génériques, tels les pictogrammes relatifs aux codes de transport de marchandise, les stencils animaliers, le schéma cliché et enfantin de l’oiseau représenté en forme de m, des frottis, des lignes, droites et courbes, des aplats, etc. Dans cet esprit, même le corps humain est réduit au schéma, reconnaissable uniquement dans sa forme générale, son contour, laissant ainsi toute la place à sa position théâtrale dans l’espace. Il est un poids ancré dans une narration arrêtée.

 

Le temps ne coule pas, mais nous ne sommes pas dans le dessin technique pour autant. Les formes présentes dans ces œuvres sont certes convenues, elles nous parlent cependant dans un langage inattendu, charmant et envoûtant, et produisent ensemble un univers onirique et poétique. Les aplats nient les perspectives naissantes ; les volées d’oiseaux divaguent et font office de fumée, de valons ou de vagues ; la situation psychologique du poids figurant est difficile à cerner ; ces lieux complexes n’ont l’air de n’exister que sur la page et que pour elle.

 

La complexité des constructions représentées trouve d’ailleurs son reflet dans les divers matériaux utilisés. Élaborées sur du papier connoté par son aspect jetable (papier construction ou simple feuille de cartable, lignée et trouée), les séries de dessins de Lacroix sont construites avec du pastel sec et gras, du crayon Prismacolor, du crayon de plomb, du stylos, du Liquid Paper, des échantillons de couleurs de peinture et d’autres collages ; tant d’éléments qui se croisent pour articuler un non-lieu graphique, un lieu imaginé et improbable.

 

Dessins techniques débauchés par les possibles de la page, les œuvres de Lacroix s’apparentent aux fantasmes d’un gamin qui fait les croquis d’un repère secret qu’il fabriquera à l’insu de ses parents. Mais il n’y a rien à cacher ici. Et l’artiste est chevronné. Ces dessins improbables tendent à devenir les plans libres d’installations véritables, que Lacroix commence à mettre en scène dans le réel.

 

Par Marc-Antoine K Phaneuf en collaboration avec l’artiste

 

2015

Crédits photographiques: Christian Bujold

2014

Crédits photographiques: Elise Roberge et Anaïs Beauchemin

2012

2009

2007

crédits photographiques: Robert Desroches